Ainsi appelait-on la chapelle primitive, élevée face au pont du Gatarram. L'étroitesse de la berge ne permettait qu'un édicule, dont on n'a jamais retrouvé de vestige certain. D'ailleurs, à qui aurait servi une église plus grande ? Ces confins du Béarn, récemment peuplés, n'étaient guère connus. Le voyageur de Saint-Pé-de-Bigorre passait par Montaut et empruntait le chemin du Sempérès.
D'autres lieux de pèlerinage renommés s'étaient depuis longtemps déjà développés : Notre-Dame de Muret et de Berlane, en Béarn ; Sarrance, en vallée d'Aspe. Une modeste chapelle suffisait aux passants qui voulaient traverser le gave à cet endroit dangereux. On peut s'en faire une idée par des peintures du XVIIe siècle ou les descriptions des auteurs qui parlent de sa destruction en 1569.
Pour Marca, c'est « une pauvre et petite chapelle ». Le jésuite François Poiré (1643) avoue qu'elle était plus considérable par les merveilles dont elle était le théâtre que par ses dimensions. Le poète Labastide' a retenu, lui, l'image « d'une masure faite de roches mal jointes ». D'après le Traité des Merveilles, revu par les chapelains du XVIIe siècle, on y montait par un escalier de treize marches. C'est bien en effet une chapelle précédée d'un haut perron qui figure sur une ancienne médaille conservée à Bétharram. Une douzaine de marches, c'est la dénivellation vérifiable aujourd'hui entre le sous-sol de la chapelle (niveau de l'ancien chemin) et le bas-côté droit, dit de la « Pastoure », où l'on a repéré le plus de vestiges anciens.
Des travaux effectués en ce même point, en 1977, nous réservaient une surprise. Le ravalement du mur séparant le choeur actuel du bas-côté droit, fit apparaître un arceau de 3 mètres de haut, en belle pierre de taille, englobé dans le mur. Il s'ouvrait vers le gave. Reste de la «dévote chapelle» incendiée par les protestants ? De toute façon, une relique vénérable.
Les populations établies sur les rives du gave au XVIIe siècle n'ont pas attendu les éclaircissements historiques pour venir se confier à la Vierge du Gatarram, et lui demander la délivrance de leurs misères. Poiré rapporte qu'arrivés en vue de la chapelle, les pèlerins achevaient la route à genoux, une chandelle à la main.
On peut voir aujourd'hui, ornant l'appui de la tribune de l'orgue, d'anciennes peintures du début du XXVIIe siècle. Elles représentent les premières et pitoyables processions de malades. On voit d'abord deux voyageurs, la musette en bandoulière, arrivés devant la chapelle, et accueillis par un troisième personnage (le chapelain ?). Un autre tableau représente un groupe de « boiteux et pieds torts », bardés de béquilles.
Ils tombent à genoux devant la chapelle. Plus loin, c'est un paralysé que deux hommes portent sur un brancard. Enfin, voici des femmes, des hommes, aveugles, à genoux près d'une fontaine ; ils se lavent les yeux. On n'oubliait pas au retour de porter une cruche d'eau à la maison. Une dernière peinture nous montre une sorte de salle d'hôpital. On y voit trois lits de malades, et on peut lire : « Paralytiques guéris, s'étant fait porter de l'eau de la même fontaine. »
Il ne manque pas de sources au pied de la colline du Gatarram. Il était seulement curieux de constater que celle qui sortait près de la chapelle possédait des vertus thérapeutiques particulières ! ... A moins que ce ne fut la foi de ceux qui s'y lavaient.
Un fait est certain. Dès la fin du XVe siècle, près du pont du Gatarram, la dévotion à la Vierge est en plein épanouissement. La chapelle est desservie par le curé et le vicaire de Lestelle. Elle est devenue le centre d'une Confrérie, et reçoit de nombreux legs. Ainsi, le 6 juin 1493, Bertrand d'Abbadie de Montaut laisse un florin « aux claviers de la Confrérie de Notre-Dame- du-Gatarram ». Le 12 mai 1516, l'abbé Bernard de Batcave faisait un legs à Gatarram.
Prières et dons, pèlerinages et guérisons, c'étaient le signe manifeste de la présence de la Mère de Dieu.
Mais la prospérité de la « dévote chapelle » allait elle durer ? |